Combattre l’échec scolaire. C’est le dessein que s’est fixé l’association biterroise Apema. Son équipe de bénévoles sillonne le territoire toute l’année pour dispenser un enseignement gratuit aux enfants malades ou accidentés. L’éducation pour tous, c’est aussi ça…
 
Un vendredi matin comme les autres à la Maison de la vie associative. Le bureau qui leur fait office de quartier général, niché dans  l’ancien couvent des « Pauvrettes », a beau être exigu, les bénévoles de l’association Apema, Association pour l’enseignement aux malades ou accidentés, sont déjà au garde à vous. Il faut dire qu’ils ont un sacré défi quotidien à relever : aller à la rencontre d’enfants malades, à domicile ou à l’hôpital, et leur transmettre leurs savoirs afin qu’ils ne décrochent pas.

27 ans d’existence et des milliers d’heures de cours

A la tête de l’Apema Béziers : Anne-Marie Renard. « On m’a mis le bébé dans les bras en 1988 », se souvient la présidente. Lancée à Nîmes en 1982, l’association est née en 1985 à Montpellier, à l’initiative d’une personne sensibilisée par les problèmes d’enfants dont les études ont été interrompues par la maladie ou un accident. « J’avais vu une publicité dans les journaux, poursuit cette ancienne professeur de mathématiques. On recherchait des bénévoles. Je me suis inscrite. » Départementale à sa création, l’association s’est scindée en deux en 1988 et a ainsi vu le jour à Béziers. L’effet boule de neige a été immédiat. « J’ai frappé à la porte des établissements scolaires pour trouver du monde, j’ai placardé des annonces pour nous faire connaître et "recruter" des bénévoles. » 27 ans plus tard, l’Apema Béziers affiche au compteur, sur ces dernières années, quelque 500 bénévoles et 1 800 élèves suivis. Des bénévoles-baroudeurs puisqu’ils interviennent gratuitement sur tout l’ouest Hérault, du Biterrois à Agde en passant par Pézenas, Bédarieux ou Saint-Pons. Soit 15 000 km par an et 1 600 heures de cours ! En moyenne, ils apportent leur matière grise entre 15 jours et trois mois. Mais ce chiffre peut grimper jusqu’à une, voire deux années. Grâce à leur expérience professionnelle, absolument toutes les matières peuvent être dispensées, même le chinois…

La matière grise au service d’enfants malades

« Nous nous rendons auprès d’enfants, du CP à la terminale, qui, suite à un problème de santé ou un accident, ne peuvent plus suivre les cours », explique Alain Jouary, le vice-président. Une absence prolongée aboutissant presque irrémédiablement à un redoublement couplé à un sentiment d’exclusion. Alain Jouary n’est pas enseignant, c’est un ancien ingénieur de l’industrie pétrolière. « Quand je suis parti à la retraite, je me suis dit pourquoi pas et l’association a jugé mon bagage assez suffisant pour m’accueillir ! » Alors depuis 10 ans, il dispense des cours d’anglais, de physique, de chimie et de maths. Pour Claude Charbonnel, professeur de français à Jean-Moulin et Henri IV fraîchement retraité, « c’était l’Apema ou Les feux de l’amour ! ». On l’aura compris, l’Apema est une équipe joviale mais investie. Qui n’a qu’un seul objectif : aider l’autre, donner, partager. « Car il est certain que ce n’est pas l’attrait du salaire qui nous motive ! », plaisantent-ils. « Nous avons véritablement l’impression d’être utiles », renchérit Colette Glise, ancienne enseignante de français dans un lycée professionnel à Paris.

Bénévoles cherchent bénévoles…

Bien souvent, ils sont confrontés à des élèves en détresse. Au-delà de la simple jambe cassée, il n’est pas rare qu’ils s’occupent d’enfants atteints de leucémie, de tumeur au cerveau, de dyslexie, d’hémiplégie, de maladies chroniques et invalidantes. « Depuis quelques temps, nous recevons beaucoup d’enfants souffrant de phobie scolaire, d’idées suicidaires ou de harcèlement avec les ravages que provoquent les réseaux sociaux », analyse Anne-Marie Renard. « Comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, nous apportons sûrement un soutien moral, développe Alain Charbonnel. C’est de la psychologie de terrain, même si notre mission doit s’arrêter au cadre éducatif. » Lorsqu’ils ont accompli leur devoir, les bénévoles n’attendent pas de « reconnaissance ». Rien en retour, hormis les résultats. Et ils sont là : des gamins qui, grâce à eux, obtiennent leur bac avec mention, leur CAP, leur BEP. Des gamins qui ont évité de redoubler. Une élève a même décroché son entrée au cour Simon. « Cela nous enrichit, avouent-ils. Et même si on a passé une heure à donner un cours avec la mère et la sœur à côté et le chien sur les genoux, on a l’impression d’avoir servi à quelque chose ! » Humbles, la main sur le cœur, l’abnégation et le dévouement vissés au corps, les bénévoles ne lâchent rien, surtout pas le bâton de pèlerin. « Même si aujourd’hui, on vit jusqu’à 100 ans » disent-ils, ils voudraient assurer la relève. Et trouver de nouveaux bénévoles pour l’Apema. L’appel est lancé. à bon entendeur… 

L'info en +

Enseignants actifs ou retraités, universitaires, ingénieurs, personnes qualifiées (Bac+3 minimum) sont les bienvenus à l’Apema pour des interventions ponctuelles, sur un ou deux mois, à raison d’une heure ou deux heures par semaine. Les frais de déplacements sont remboursés.
Renseignements : 04 67 49 37 56/ 04 67 30 54 54
Apema : Maison de la vie associative, 15 rue Général Margueritte à Béziers.